L’urgence du mouvement

5 Nov 2025

Le développement du mouvement

Bebe a quatre pates

C’est toujours plus fort que moi, il  faut que je me mêle de ce qui ne me regarde pas quand il s’agit d’enfant…Je m’approche de lui, m’agenouille et lui dit bonjour. Il grommele sans lever les yeux. Je saisis alors un crayon dans le pot et j’entreprends de le tailler. Il lève les yeux et me regarde, les yeux mouillés de larmes. Je lui dis :

– « j’aime beaucoup tailler les crayons »

– « moi aussi »

– « quand on aime faire quelque chose, on a envie de le faire longtemps »

– « moi j’aime bien tailler les crayons »

– « j’ai vu ça et tu les as bien taillé mais peut être un peu trop ? »

– « oui »

– « ce n’est pas grave. Je les trouve très beaux tes bébés crayons. Maintenant tu sais que les autres, tu peux les tailler un peu moins »

– « oui »

je lui ai souhaité une bonne journée et je suis parti. Il me semblait important de lui dire. Mais je sais qu’il faut que j’arrête de me mêler de ce qui ne me regarde pas. Tout comme il sait qu’il faut savoir s’arrêter de tailler un crayon.

Le mouvement c’est la vie

« Le mouvement favorise le développement psychique, qui s’exprime à son tour par le mouvement et par l’action. Il s’agit là d’un cycle, puisque psychisme et mouvement appartiennent à la même unité » (Maria Montessori, l’Esprit absorbant).

Le mouvement est un element essentiel, vital, pour le développement des enfants. Mais la vie en ville empêche cette possibilité.

Il existe trop peu d’espaces favorables au déploiement de leur corps. L’espace public est conçu pour les voitures et les adultes. Les enfants, en exterieur, sont parqués dans ses espaces cloturés.

En 100 ans, l’autonomie motrice des enfants s’est effrondée : en 1919, un enfant de 8 ans parcourait 10 km en moyenne par jour. Aujourd’hui, un enfant du même âge parcourt moins de 300 mètres par jour. De plus, le nombre d’enfants jouant dans l’espace public a diminué de plus de 50% entre 1983 et 2008. 15% d’entre eux ne jouent jamais dehors.

Enfants qui courent
Petite fille sur une balançoire

Or, le mouvement est l’expression de la vie même. Il collabore à la construction de l’intelligence, à la structuration de la pensée. Le mouvement lie le corps à l’esprit. L’origine de la pensée se trouve dans l’expression du corps. Sans mouvement, il n’y a pas de langage, il n’y a pas d’action, il n’y a pas de vie.

Liberté de mouvement et structuration de la pensée

Contrairement aux écoles classiques où le sport est une discipline à part entière, les écoles Montessori tendent à faire entrer l’éducation des mouvements dans l’ensemble de l’éducation de l’enfant. Sa motricité est engagée dans chacune de ses activités.

« On ne peut considérer l’éducation comme une modératrice ni comme une inhibitrice du mouvement, mais comme une aide à répartir convenablement les énergies et à les laisser se développer normalement. » (Maria Montessori, La maison des enfants)

Et c’est ce que j’ai pu constater en travaillant dans des écoles Montessori, où les enfants que j’accompagnaient n’étaient pas contraints de rester assis sur une chaise.

Libres de se mouvoir, ils se concentraient plus longuement, progressaient plus vite et leur esprit logico-mathématique se structurait presque à vue d’oeil. Je l’observais avec stupéfaction à travers l’ordre de leurs actions sur l’environnement que je leur offrais.

Enfant qui bouge sur une chaise

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A lire, mes articles de la même catégorie

Apprendre, çà fait mal ?

Apprendre, çà fait mal ?

Plus d'un siècle d'observations pédagogiques, d'études en neurosciences ou en psychologie s'accordent sur ce point : l'Homme est naturellement porté vers l'activité, la compréhension, le développement de nouvelles capacités. Maria l'écrivait avec une clarté désarmante...

lire plus

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *