Un grand travail
Ce jour là j’observe un enfant dans une structure Dolto à Lyon. Il doit avoir 3 ans et s’est installé à une table dédiée au dessin. Il saisit un crayon dans le pot à crayons et entreprend de le tailler.
Dans un mouvement lent, appliqué. Il le sort du taille crayon, en observe la mine de très près. Il pose le taille crayon et de l’index, touche la mine très pointue. Il repose le crayon dans le pot et saisit un autre crayon. Il le taille longtemps, presque 5 minutes.
Il secoue sa main en soufflant. Le crayon est devenu tout petit. Il le tient dans sa longueur entre son pouce et son index. Le recul pour le regarder de loin. Il taille, taille, taille des
crayons, il ne cesse de tailler. Il se frotte les yeux, se touche les joues rougies par l’effort. il a le visage noir de poudre de crayon.
Ou une bêtise ?
Au bout d’un quart d’heure, il a taillé 9 crayons dont 4 en entier. Il s’est donné beaucoup de mal. Il souffle et mime l’épuisement. Mais il a l’air très heureux. Tant qu’il semble vouloir partager sa satisfaction et son travail avec sa maman :
« regarde, maman, mes bébés crayons ! J’ai fait tout seul avec ça » (en désignant le taille crayon)
Quand la maman découvre la petite montagne de taillure de crayons, elle se précipite à sa table. Elle lui demande, d’un air paniqué, ce qu’il fait. Il l’a regarde, lui tend ses paumes, l’air gêné.
« Non mais ça va pas ! On ne pourra plus s’en servir maintenant, ils sont trop petits. C’est du gaspillage ! »
il y a des taillures de crayon partout sur la table et sur le sol. Elle le saisit brutalement et le soulève pour le porter jusqu’à l’accueillante du lieu. Cette dernière les accompagne jusqu’à la table et demande de nettoyer ce qu’il a fait.
Retour au travail
Un peu plus tard, à la même table, propre à présent, il prend une feuille et un crayon à papier et observe sa mine. Je constate en même temps que lui que le crayon a papier n’est pas taillé.
il se lève, va chercher le taille crayon dans la coupelle et entreprend de tailler le crayon. Il semble s’appliquer dans une profonde concentration . (on dirait qu’il veut faire une très longue taillure de crayon).
Sa maman intervient. Le gronde sévèrement, le tire pour qu’il se lève et lui demande d’aller s’habiller pour partir. Il ne répond rien, se rassoit en croisant les bras et se met à pleurer. Elle quitte l’espace pour aller voir son autre enfant.
Savoir s’arrêter
C’est toujours plus fort que moi, il faut que je me mêle de ce qui ne me regarde pas quand il s’agit d’enfant…Je m’approche de lui, m’agenouille et lui dit bonjour.
Il grommele sans lever les yeux. Je saisis alors un crayon dans le pot et j’entreprends de le tailler. Il lève les yeux et me regarde, les yeux mouillés de larmes. Je lui dis :
– « j’aime beaucoup tailler les crayons »
– « moi aussi »
– « quand on aime faire quelque chose, on a envie de le faire longtemps »
– « moi j’aime bien tailler les crayons »
– « j’ai vu ça et tu les as bien taillé mais peut être un peu trop ? »
– « oui »
– « ce n’est pas grave. Je les trouve très beaux tes bébés crayons. Maintenant tu sais que les autres, tu peux les tailler un peu moins »
– « oui »
je lui ai souhaité une bonne journée et je suis parti. Il me semblait important de lui dire. Mais je sais qu’il faut que j’arrête de me mêler de ce qui ne me regarde pas. Tout comme il sait qu’il faut savoir s’arrêter de tailler un crayon.




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